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Adresse de la mairie

Rue de la Mairie
37460 Le Liège
Téléphone : 02 47 59 74 38
Télécopie : 02 47 59 51 92

Horaires d'ouverture de la mairie.

Les mardi et jeudi de 9h00 à 12h30 et de 13h30 à 16h30

Le vendredi matin de 9h00 à 12h30

Le samedi matin de 9h00 à 11h00

Fermé le lundi et le mercredi.

email: mairie.leliege@wanadoo.fr

Président du Conseil Départemental - Jean-Gérard Paumier

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Population : 342 habitants | Superficie : 1115 ha | Altitude : 123 m | Canton de : MONTRESOR

Jacques CROSNIER

Jacques CROSNIER

page une

Il existe un petit bourg qui s’appelle Le Liège, situé à peu près à égale distance de Loches, de Montrichard et d’Amboise. Ce village paisible de 250 habitants en 1944 va être le théâtre de plusieurs événements tragiques deux dimanches de suite, les 13 et 20 août 1944, qui vont mettre aux prises des Allemands en repli et des Forces françaises de l’intérieur (FFI).

La journée de dimanche 13 s’annonce belle dès le matin. Ma famille et moi habitions le domaine du Courbat, situé sur la route qui conduit du Liège à Epeigné-les-Bois, à 2500m du bourg. Entre nous et le Liège, se trouve une petite ferme appelée Le Buisson exploitée par la famille Jourdain. Le décor est planté : c’est là que va se jouer un premier drame.

En allant au Liège ce matin-là, j’aperçois une voiture couleur kaki en train de se cacher le long des buissons assez proches de la ferme. Un homme en treillis en sort et me fait savoir que je ne dois en aucun cas dire qu’une voiture est camouflée sur la route d’Epeigné ; au contraire, si j’aperçois quelque chose d’anormal, je dois venir le rapporter. J’ai 15 ans à cette époque, et me souviens de ce détail ainsi que de ce qui va suivre comme s’il s’agissait d’un fait tout récent.

Alors que j’assiste à l’office du dimanche, des bruits d’armes automatiques sont clairement perçus, car ils ne doivent pas être loin du bourg. De retour dans notre ferme, je raconte ce que j’ai vu et entendu à mon père. Ce dernier décide de m’emmener voir ce qui s’est passé. Avec nos deux vélos nous empruntons un raccourci à travers bois pour nous retrouver sur la route du Liège à Montrichard. Brusquement, dans la côte qui conduit au château de Montpoupon, apparait un camion allemand de ravitaillement qui fume encore une heure après avoir été mitraillé. Nous en déduisons que des maquisards ont dû l’attaquer à partir de l’angle du bois situé à une centaine de mètres. C’est précisément à cet endroit que nous trouvons des douilles de fusils mitrailleurs. Inconsciemment je les ramasse, ainsi que les balles non tirées, et les met dans les sacoches de mon vélo. Nous avons le sentiment que l’endroit est fort dangereux, nous reprenons donc le chemin du retour ; à peine sommes-nous sur la route en direction du Liège qu’une colonne de motocyclistes et cyclistes en gris-vert arrive à notre hauteur. Un grand frisson nous parcourt tout le corps car ils nous toisent avec tant d’insistance que nous sommes persuadés d’être arrêtés. Ces Allemands, qui pourtant viennent d’apercevoir un de leurs camions en train de brûler, ne nous obligent pas à nous arrêter et ne nous interrogent pas sur notre présence en ce lieu de « sabotage » : peut-être que la présence d’un adolescent au côté de son père a joué en notre faveur. Il nous faut peu de temps pour revenir à la maison par un raccourci à travers bois de peur de faire d’autres mauvaises rencontres ! ...

page deux

Pour nous remettre de nos émotions, mon père me propose d’aller au bord du Cher. Tout se passe bien jusqu’au moment du retour. Alors que nous nous approchons de notre ferme, nous voyons monter une épaisse colonne de fumée dans la direction de notre demeure. Cela nous rend inquiets, car, au fur et à mesure que nous avançons, la fumée devient plus épaisse. Ne seraient-ce pas des feux allumés dans nos champs ? Dès notre arrivée, les membres de la famille restés à la ferme, visiblement affolés nous font le récit suivant : « En milieu d’après-midi, nous avons entendu de violents tirs d’armes en direction du Liège, et nous avons eu la certitude que les tirs se rapprochaient. Notre domestique qui se trouvait près des bâtiments a confirmé notre impression car des balles sifflaient autour de lui avant de s’écraser sur les murs de la ferme. Nous sommes montés au premier étage et avons vu des hommes qui couraient dans les champs de l’autre côté de l’allée des platanes, sans doute s’enfuyaient-ils ! ». Mon père enfourche aussitôt sa bicyclette dans l’espoir de sauver les animaux de la ferme du Buisson qui brûle toujours. Il revient une trentaine de minutes après, très ému et choqué car, en approchant de cette ferme en flammes, il a vu des soldats allemands mettre le feu à un autocar en vociférant. Il a compris le danger et se faufile le long d’une haie qui, sûrement, le sauve.

Le lendemain, les Jourdain, le couple de retraités logeant dans une petite maison adjacente à la ferme nous relate les événements : « Vers 15 heures, un car FFI sort du bourg du Liège, quand le lieutenant qui les commande apprend que des camions allemands viennent en direction de cette commune. Il fait mettre son groupe en position de tir, à la sortie du bourg sur la route de Montrichard. L’attente n’est pas longue. Dès que les camions sont à portée, les armes crépitent, les immobilisant net et faisant exploser les munitions qui se trouvent au bord. Mission accomplie ! Les hommes du maquis se replient sur la ferme du Buisson, toute proche, et y fêtent leur exploit, en laissant leur autocar camouflé à côté de la ferme. Peut-être n’ont-ils pas eu l’idée de le mettre à l’abri des regards. A peine sont-ils en train de trinquer à la victoire qu’une grosse colonne ennemie survient. Elle cerne la ferme et y met le feu. Certains maquisards réussissent à s’enfuir en direction de votre ferme, ce qui explique les marques de balles sur votre maison. Parmi ceux qui ont tenté de se sauver, deux ont été mortellement blessés, quatre autres arrêtés. Lorsque les Allemands apprennent que ces derniers ne sont pas du village, ils les abattent froidement près des carcasses de meurs camions incendiés. »

Plus tard un mémorial sera érigé à leur mémoire sur les lieux de leur exécution.

Le jour suivant, en me rendant au bourg, je remarque une silhouette revêtue d’un uniforme kaki gisant dans le fossé près de chez nous. En m’approchant, tout ému, je constate qu’il est mort. Il n’a pas eu le temps de faire cent mètre depuis la ferme ; j’en informe mon père qui prévient le maire. Nous apprenons alors qu’il tentait de s’échapper de la ferme cernée. Pour ce dernier il sera gravé « inconnu » sur le monument érigé aux victimes.

Monsieur Jourdain nous apprend ultérieurement que les Allemands ont pris tout son vin et se sont enivrés avant de mettre le feu au car du maquis resté à 20 mètres de sa maison.

Entre-temps des villageois pris au hasard sont alignés le long d’un mur pour être fusillés en guise de représailles. Alerté à temps, le curé de Genillé, l’abbé Challouas, réussit à convaincre l’officier allemand que les habitants du Liège ne sont en rien responsables de ce qui vient de se passer. Ils échappent de justesse à l’exécution, mais le village doit, fin août, livrer des voitures avec chevaux et conducteurs pour transporter du matériel militaire en direction du nord. Notre ferme ...

page trois

est réquisitionnée à cette fin, mais mon père se joint aux six autres ressortissants du Liège, pour ne pas laisser partir son domestique à sa place.

L’histoire du Liège ne s’arrête pas ! Le dimanche 20 août, en début d’après-midi, une ambulance traverse le bourg du Liège pour se rendre au maquis de Scévolles, caché en forêt dans le département de la Vienne. Peu avant Loches, un barrage érigé avec des troncs d’arbres mis en travers de la route les empêche de passer. Les occupants font demi-tour et reviennent sur le Liège. Se trouvent à bord le professeur Jean Roy de l’Ecole de médecine, membre de la Résistance, son fils Claude et Lajoinie, étudiant en médecine et une infirmière. A peine sont-ils arrivés à l’entrée du bourg que des rafales de fusils mitrailleurs balayent l’ambulance malgré le signe visible de la Croix-Rouge.

Le professeur Jean Roy est grièvement blessé à la tête. L’infirmière n’est que blessée superficiellement. Claude et Lajoinie sont indemnes. Les Allemands en embuscade font sortir les occupants en criant « terroristes » et les obligent à lever les bras en l’air. Le jeune Roy voulant porter secours à son père allongé sur le bord de la route reçoit à bout portant une décharge de fusils dans le ventre. L’infirmière et Lajoinie sont autorisées à regagner Tours ; mais Jean et Claude Roy restent étendus au beau milieu de la route. Ce n’est que beaucoup plus tard, le lendemain matin, grâce à un vieux paysan, que les deux blessés sont transportés d’abord en charrette jusqu’à Genillé, puis en auto pour être hospitalisés. Le pronostic est d’autant plus réservé que les deux blessés ont perdu beaucoup de sang et n’ont reçu du secours que longtemps après la fusillade. Le fils Roy a survécu, un vrai miraculé ! Son père, Jean Roy, décède le 5 septembre, quinze jours après la tragédie du Liège.

Ce même dimanche, dans l’après-midi, le hasard veut que les Allemands qui ont pris position dans ce bourg, carrefour stratégique, « cueillent à froid », un autre résistant, le capitaine Lallemand. Cet officier est abattu, sur place, d’une balle dans la nuque.

Voilà pourquoi deux mémoriaux se trouvent de chaque côté du bourg du Liège :

-       Au nord, au croisement de la route Montrichard et de celle d’Epeigné, a été érigé par le Souvenir français un mémorial où sont gravés sept noms et le texte qui suit : « FFI : à la Mémoire des victimes des Allemands en août 1944 : Portier Bernard, Chassier Octave, Dupuis Serge, Prudhomme Robert, Pigeon Gilbert, Lallemand Louis, et un inconnu » ;

-       Au sud, au dernier virage du bourg sur la gauche, une stèle est dédiée au docteur Roy : « Ici fut blessé, lors des opérations de Libération, le 20 août 1944, le docteur Jean Roy, victime du devoir, mort pour la France, le 5 septembre 1944. La Croix-Rouge reconnaissante ».

-       Témoignage du docteur Jacques Crosnier, qui revient régulièrement au Liège, accompagné de son épouse tourangelle, pour revivre son passé et continuer à éclaircir certains faits. Il a relu ce texte et l’a approuvé.

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